L’affaire Coldcard : Bitcoin n’a pas été piraté, mais de mauvaises clés ont été générées

Et si le danger ne venait pas de Bitcoin… mais de la façon dont votre clé privée a été créée ? L’affaire Coldcard montre qu’une cryptographie réputée inviolable peut devenir vulnérable lorsque l’aléatoire de départ est défaillant. Bitcoin n’a pas été piraté. Mais certaines clés étaient beaucoup trop prévisibles. Découvrez comment une simple erreur de génération a pu faire perdre des millions d’euros.
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January 2026
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L’affaire Coldcard : Bitcoin n’a pas été piraté, mais de mauvaises clés ont été générées

Les portefeuilles matériels sont souvent présentés comme l’une des solutions les plus sûres pour conserver des bitcoins. Leur principe est simple : isoler les clés privées d’un ordinateur ou d’un téléphone connecté à Internet. Coldcard appartient à cette catégorie. Pourtant, une faille découverte dans certaines versions de son logiciel interne a montré qu’un appareil pouvait parfaitement protéger une clé privée… tout en l’ayant mal générée au départ. C’est toute la subtilité de l’affaire Coldcard.

Le protocole Bitcoin n’a pas été cassé. La blockchain n’a pas été piratée et les mécanismes cryptographiques du réseau n’ont pas été contournés. Le problème se situait en amont, au moment où certains appareils devaient produire suffisamment d’aléatoire pour créer les clés de leurs utilisateurs.

Coldcard, c’est quoi exactement ?

Coldcard est un portefeuille matériel exclusivement consacré à Bitcoin, vconçu par l’entreprise canadienne Coinkite. Contrairement à ce que son nom laisse parfois penser, un portefeuille Bitcoin ne contient pas directement les bitcoins. Ceux-ci restent enregistrés sur la blockchain. L’appareil conserve surtout les clés privées permettant de signer les transactions et de déplacer les fonds associés.

Lorsqu’un utilisateur souhaite envoyer des bitcoins, la transaction peut être préparée sur un ordinateur, puis vérifiée et signée à l’intérieur de Coldcard. La clé privée est ainsi censée rester isolée et ne jamais être communiquée à l’ordinateur. Coldcard peut aussi fonctionner en mode totalement déconnecté, appelé air gap. Les informations nécessaires à la transaction sont alors transférées au moyen d’une carte microSD ou, sur certains modèles, d’un QR code. Cette architecture vise notamment à limiter les risques liés à un ordinateur infecté.

C’est précisément ce positionnement très axé sur la sécurité qui rend l’affaire importante : la vulnérabilité n’a pas directement concerné la conservation des clés, mais leur création.

La clé privée : le véritable secret du portefeuille

Une clé privée Bitcoin est, en pratique, un très grand nombre secret.

Dans un fonctionnement normal, ce nombre est choisi dans un espace comprenant près de 2^256 possibilités. Cet ensemble est si vaste qu’il est irréaliste de tester toutes les clés les unes après les autres avec les moyens informatiques classiques. Vous avez peut être l’impression que c’est possible, qu’il y a toujours une possibilité de trouver. Ok alors regardez l’ordre de grandeur que c’est : 1 chance sur 115 792 089 237 316 195 423 570 985 008 687 907 853 269 984 665 640 564 039 457 584 007 913 129 639 936… aberrent ! Dit autrement vous avez environ autant de chance de craquer une clé bitcoin que de gagner environ 10 fois d’affilé à euromillions !

Mais cette sécurité repose sur une condition essentielle : le nombre doit être choisi de manière réellement imprévisible. À partir de la clé privée, le portefeuille calcule une clé publique grâce à une opération mathématique :

Clé publique K = clé privée k × point générateur G

Le calcul dans ce sens est rapide. En revanche, retrouver la clé privée à partir de la clé publique est considéré comme impraticable. La clé publique peut donc être révélée sans donner directement accès aux fonds. Elle permet notamment de vérifier qu’une transaction a bien été signée par le détenteur de la clé privée. Les adresses Bitcoin sont ensuite dérivées de clés publiques ou de scripts définissant les conditions nécessaires pour dépenser les fonds.

La règle fondamentale est simple : Celui qui connaît la bonne clé privée peut produire une signature valide et déplacer les bitcoins correspondants.

De l’aléatoire à la phrase de récupération

Un portefeuille moderne ne demande généralement pas à son propriétaire de sauvegarder chaque clé privée séparément. Lors de sa configuration, il génère une phrase de récupération de 12 ou 24 mots, souvent appelée seed phrase. Ces mots ne sont pas librement choisis par l’utilisateur. Ils représentent, sous une forme plus facile à noter et à conserver, une information binaire produite à partir d’une source aléatoire.

Selon le standard BIP-39, une phrase de 12 mots repose généralement sur 128 bits d’entropie. Une phrase de 24 mots repose sur 256 bits. Une somme de contrôle est ajoutée afin de détecter certaines erreurs de saisie.

La phrase est ensuite transformée en une seed binaire. Le standard BIP-32 utilise cette seed pour créer une clé privée maître, un chain code, puis toute une arborescence de clés privées et publiques.

Cette génération est dite déterministe : la même seed produira toujours les mêmes comptes, les mêmes clés et les mêmes adresses.

C’est ce qui permet de restaurer un portefeuille complet à partir d’une seule liste de mots. Mais cela signifie également que toute personne retrouvant la seed initiale peut reconstruire l’ensemble du portefeuille.

Une fonction de hachage, une courbe elliptique ou un algorithme de dérivation peuvent transformer une donnée de manière extrêmement complexe. Ils ne peuvent cependant pas créer de l’imprévisibilité à partir d’une information initiale trop prévisible. Autrement dit, une excellente cryptographie ne compense pas un mauvais tirage de départ.

Ce qui s’est passé chez Coldcard

Le 30 juillet 2026, Block a publié une analyse concernant plusieurs générations de portefeuilles Coldcard. Selon cette analyse, une erreur a conduit certaines versions du logiciel à utiliser un générateur pseudo-aléatoire déterministe appelé Yasmarang, à la place du générateur aléatoire initialement prévu.

Le mécanisme reposait notamment sur l’identifiant du microcontrôleur et sur l'heure de la génération (donc des informations dans un espace aléatoire limité).

Ces informations peuvent varier d’un appareil ou d’une exécution à l’autre. Mais elles ne constituent pas nécessairement un secret cryptographique suffisamment imprévisible pour générer un portefeuille assez sécurisé.

Cela ne signifie pas que toutes les phrases de récupération pouvaient être instantanément retrouvées par n’importe qui. L’exploitation dépendait notamment de l’identifiant du composant, de l’heure de génération, de l’historique des appels au générateur et de la puissance de calcul disponible.

Le problème restait néanmoins sérieux : au lieu de choisir un secret dans un espace pratiquement impossible à explorer, certains appareils produisaient des résultats appartenant à un ensemble plus limité et potentiellement plus prévisible.

Pour reprendre mon exemple d’au-dessus, c’est comme de passer de 10 tirages d’affilé gagné à euromillions à tester des combinaisons avec 5 dés à 6 faces. C’est long mais c’est bien plus possible que le chiffre précédent.

Comment une seed prévisible peut-elle être retrouvée ?

Imaginons qu’un portefeuille soit censé choisir un nombre parmi 2^128 possibilités, cet espace est trop vaste pour être exploré en pratique.

Mais si une erreur réduit fortement le nombre de possibilités, ou permet de reconstruire une partie importante de l’état du générateur, la situation change.

L’attaquant peut reproduire le comportement du générateur défectueux sur ses propres machines. Il crée des seeds candidates, puis dérive pour chacune d’elles les clés publiques et les adresses correspondantes. Il compare ensuite les résultats aux informations visibles sur la blockchain. Lorsqu’une correspondance apparaît, l’attaquant a probablement retrouvé la seed recherchée.

L’attaquant ne retrouve donc pas la clé privée en inversant la cryptographie de Bitcoin. Il reproduit un tirage initial devenu trop prévisible, puis utilise les informations publiques pour vérifier ses hypothèses. Une fois la seed retrouvée, il peut reconstruire les clés privées du portefeuille et produire une transaction valide.

Pourquoi Bitcoin n’est pas remis en question

Pour le réseau Bitcoin, une transaction créée par l’attaquant est impossible à distinguer de celle du propriétaire légitime. Le protocole ne connaît ni l’identité du propriétaire ni la marque de son portefeuille matériel. Il vérifie uniquement que la transaction respecte les règles du réseau et qu’elle porte une signature valide. Dans l’affaire Coldcard, aucune règle de consensus n’a été contournée. Aucun bloc n’a été réécrit. La fonction SHA-256 n’a pas été cassée. Les transactions frauduleuses pouvaient être signées avec de véritables clés privées, retrouvées parce que leur génération initiale était insuffisamment aléatoire.

Bitcoin a donc fait exactement ce qu’il devait faire : accepter des transactions correctement signées. La faille se situait dans un produit construit autour du protocole, pas dans le protocole lui-même.

Autre analogie, c’est l’équivalent d’une porte blindée équipée d’une excellente serrure, mais dont le fabricant aurait choisi toutes les clés dans un catalogue trop limité. Le cambrioleur n’a pas forcé la porte : il a retrouvé la bonne clé en reproduisant le processus défaillant utilisé pour la fabriquer.

La leçon pour l’investisseur

La conservation autonome permet de réduire certains risques liés aux intermédiaires : faillite d’une plateforme, blocage des retraits, fraude ou mauvaise gestion des actifs.

Elle ne supprime cependant pas les risques technologiques, opérationnels et humains.

Un hardware wallet reste un outil pertinent pour isoler les clés privées d’un ordinateur connecté à Internet. Il ne doit toutefois pas être considéré comme une boîte magique ou infaillible.

Coinkite précise qu’une simple mise à jour du firmware ne répare pas une seed générée avec une version affectée. Il faut créer un nouveau portefeuille avec une version corrigée, sauvegarder la nouvelle phrase de récupération, vérifier l’adresse de réception, réaliser un petit transfert test, puis déplacer les fonds.

L’enseignement dépasse largement Coldcard.

En cryptographie, la sécurité dépend de toute la chaîne : le protocole, le matériel, le logiciel, la qualité de l’aléatoire, la sauvegarde et les pratiques de l’utilisateur.

Bitcoin n’a pas été cassé.

La loterie qui devait choisir certaines clés privées a produit des résultats trop prévisibles.

Clément
Clément
Cofondateur
17 août 2026
Publié le
Aug 17, 2026
Mis à jour le

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